Ironman Norway

Beaucoup me demandent des détails sur la course, la nat, le vélo ou la cap. Sur le parcours, les conditions, etc. Je vais essayer de répondre à l’ensemble de ces questions dans un CR que seuls les plus courageux d’entre vous termineront sans doute mais qui aura le mérite de résumer cette journée et aussi de consigner ma course si jamais il me venait l’envie de m’y replonger. Je vous préviens ça promet d'être long parce que j'ai plein de choses à dire ! Mais évidemment je n'en voudrais à personne de ne pas aller au bout, c'est déjà sympa de passer par ici !

Tout démarre donc à 07:00 ce dimanche 01 juillet, en combi comme les 650 fous furieux prêts à en découdre, sur le plan d’eau de Skeisvatnet. Des mois et des mois de préparation pour arriver là et tout miser sur cette seule journée, je ne me mets pas la pression mais elle est forcément là. Ne pas passer à côté, c’est le seul mot d’ordre. Faire la course la plus aboutie possible et terminer sans regret. Je sais qu’il peut y avoir de belles choses au bout et que cette journée pourra, dès demain, être un souvenir incroyable mais tout ça ne dépend pas que de moi, il y a 649 autres noms sur cette start list. C’est impossible de tout prévoir. Objectif zéro regret donc et si quelque chose doit en découler tant mieux. Pour le moment c’est l’heure de la nat justement donc on arrête de réfléchir à tout et n’importe quoi et on se concentre sur ce foutu plan d’eau.

Encore maintenant je n'ai pas bien compris comment s’est passé ce départ. Le speaker a fait un décompte oral et ensuite on est censé avoir, comme sur toutes les courses du label ironman, un rolling start, c’est à dire un départ échelonné avec 5 athlètes toutes les 5 secondes pour éviter les énormes bagarres du début. Je me suis placé devant pour pouvoir partir avec des nageurs de bon niveau mais je ne vois pas de rolling start du tout. Tout le monde, y compris moi, se rue dans la flotte comme sur n’importe quel départ ! Si j'ai bien compris ce qu'on m'a expliqué depuis il y avait un mass start *avant* le rolling start...mouais. Toujours est il que je suis dans l'eau et dès le début je me mets à cadencer assez fort pour sortir du paquet. Ca bastonne un peu mais rien de méchant, une centaine de mètres pas plus. Je n'ai même pas de problème à me ventiler c'est dire si c'est confortable par rapport à d'autres courses. Assez vite j'adopte un rythme soutenu mais dans lequel je suis à l'aise et commence à voir moins de nageurs autour de moi. Le parcours est en deux boucles avec une sortie à l'australienne au milieu. Le plan d'eau est petit et les deux boucles sont des sortes de "J" intégralement délimités par des lignes d'eau et imbriqués l'un dans l'autre. Dès la moitié du premier "J" je me retrouve tout seul. Il y a un petit paquet de nageurs devant, disons 20-30m, et un autre derrière, un peu plus proche. Bon bah du coup c'est raté pour rester dans les pieds. Je termine la première boucle comme ça, tout seul, tellement seul que je me dis que c'est bon signe. Je fais la sortie à l'australienne en petites foulées, les écarts n'ont pas trop bougé de ce que je vois, et je repars pour plus ou moins la même chose. Je n'ai pas pris de montre pour ne pas être gêné au moment d'enlever la combi donc je n'ai vraiment aucune idée du rythme mais j'ai vraiment le sentiment que ça avance bien. J'ai de bons appuis et je vais relativement droit. Toutes ces séances en piscine sous l'oeil de Baptiste finissent par payer. Les lignes d'eau dans lesquelles j'évolue depuis le début sont arrimées au fond et ça m'empêche de bien voir quand elles amorcent une courbe. Qui plus est elles sont bleues, pas forcément la couleur la plus repérable sur l'eau (#génie), donc même en restant au plus près il m'arrive régulièrement de me retrouver en écart de 4 ou 5 mètres avec la trajectoire optimale. C'est beaucoup moins évident que lorsqu'il y a une bouée dont il faut faire le tour. Entre l'auto-satisfaction liée au rythme et ces, légers, problèmes de trajectoire je sens que je baisse un peu en vitesse et effectivement on attaque le retour quand un nageur me recolle. Bon c'est la fin donc j'y vais à fond et je me mets dans le même rythme que lui. Là d'un coup ça ventile beaucoup moins bien et j'attends la sortie d'eau. Je ne sais pas d'où il sort le gars mais il met 3kms à me rattraper alors que son rythme est carrément plus élevé. On reprend ensemble un nageur du groupe précédent et c'est le moment de se remettre debout. Je n'ai aucune idée de mon classement mais je suis à peu près sur que j'ai bien nagé, il n'y a absolument personne autour de nous c'est très bon signe. Je me dis que je suis certainement sous la barrière des 1h que je m'étais fixé comme objectif. Et en effet je sors en 56'05 avec le 9ème temps overall et 3ème chrono de mon AG 35-39.

Je file vers T1 avec comme objectif de perdre le moins de temps possible, je sais que ça n'est pas mon fort donc il faut que je m'applique pour ne pas perdre des secondes/minutes qui pourraient s'avérer précieuses dans quelques heures. Hop ! Hop ! Hop ! J'enchaine donc en petites foulées, récupère mon sac et tout se passe bien. Ah oui non pas si bien parce que je suis complètement empoté des doigts après la nat et je n'ai plus vraiment de préhension fine...du coup je perds du temps à mettre mes pompes parce que je suis un espèce de triathlète en carton incapable de chausser les chaussures sur le vélo. Cerise sur le gâteau en courant chercher mon vélo je sens que j'ai tout un tas de petites billes plastiques (le parc à vélo est sur un terrain de foot synthétique) collées sous les pieds...pendant une fraction de seconde j'envisage de m'en foutre mais finalement je fais le choix de perdre un peu plus de temps (encore !) et de retirer puis remettre mes chaussures pour être le plus confortable possible pendant ce long trajet qui se présente. J'étais plein de bonnes intentions mais au final je fais une transition complètement pourrie en 4'53 là où les gars avec qui je sors de l'eau ont mis autour de 3'. J'enfourche donc le vélo et c'est parti pour 180kms, une longue route qu'il va falloir gérer le mieux possible pour garder de la fraicheur. La cible c'est de rester +/- autour de 230W et 83rpm. Cela va s'avérer rapidement difficile du fait du parcours qui ondule perpétuellement. Rien de méchant mais assez peu de plat permettant de maintenir une puissance dans la zone cible. Après quelques kilomètres je me retrouve rapidement avec une AVG-P autour de 245-250W...ça me fait stresser à mort. Je me sens bien c'est sur mais tous les watts dépensés en trop sur le vélo seront autant de handicaps à trainer sur le marathon. Qui plus est je me fais pas mal doubler et à chaque fois inconsciemment j'ai envie de rester en contact visuel donc je sors des watts en trop. C'est normal que je perde des places, déjà parce qu'il y a de bien meilleurs rouleurs que moi et aussi (surtout) parce que si j'ai nagé comme je le pense, qui plus est en partant en première ligne je suis probablement devant tout un tas de gros rouleurs qui nagent moins bien ou sont partis un peu plus tard. Pendant cette première partie vélo au Nord de Haugesund je vais donc passer mon temps à surveiller la puissance développée et la cadence...c'est ni plus ni moins que du suivi de KPIs donc je suis assez aguerri à l'exercice vu que c'est mon travail. Il y a des mecs qui me doublent parfois c'est sur mais je lutte chaque fois pour ne pas suivre et faire ma course. C'est une très longue journée qui se présente et il faut absolument que j'évite de nager/rouler/courir en fonction des autres. On n'a clairement pas tous les mêmes capacités. Si je gère bien mon moment viendra un peu plus tard, sur le marathon.

L'organisation a bien fait son travail, la route est impeccable, parfaitement propre c'est un vrai plaisir et les paysages sont magnifiques. Bon pour de vrai les paysages je ne les regarde pas je suis le nez sur le compteur à surveiller mes watts. Km 70 je vois pour la première fois un arbitre...mais jusqu'ici je n'ai constaté aucun cas de drafting, de mon côté je suis vigilant: dès que je me fais doubler je reste bien à droite et je m'arrête même de pédaler parfois quelques secondes pour que rien ne prête à confusion si jamais il y a un arbitre en moto derrière. On revient bientôt sur Haugesund et pour le moment ça va plutôt bien. Trop haut en watt certes mais je corrige peu à peu le tir. Ce qui est fait est fait de toute façon donc pas de stress inutile à base de "je crois que j'ai fait une connerie". Des conneries j'en fait quand même deux ceci dit: d'abord au début du parcours vélo je récupère un bidon d'iso "High 5 - Haugesund 2018" super joli et je me dis que ça va faire un bon goodie souvenir. J'avais même préparé mon coup en gardant la place pour emmener un bidon. Sauf qu'à partir du deuxième ravitaillement tous les bidons sont des bidons High 5 transparents classiques, plus de "Haugesund 2018" avec le drapeau norvégien sur fond blanc...'tain c'est con mais ça me fait chier. La deuxième, plus importante, c'est au km80. Grosse descente et je passe un dos d’âne. J'entends un truc et sans même me retourner (je le fais quand même) je sais que c'est mon démonte pneu qui tombe. Je suis à 55kms/h (oui ça descend faut suivre) je n'ai pas le temps de réfléchir des heures et je ne vais pas freiner, m'arrêter, remonter tous les mètres parcourus entre temps...hors de question. Donc je continue...sauf que maintenant il ne faut absolument pas que je crève, il reste 100kms et si je me retrouve avec un pneu à plat sans pouvoir réparer j'aurais vraiment l'air malin. Va dire "démonte pneu" en norvégien toi. Bon avec tout ça je suis passé à Haugesund et j'enchaine sur la deuxième partie vélo. Là on attaque un parcours que je sais un peu plus exigeant et aussi qui n'a jamais servi de support aux éditions passées. C'est la première année qu'ironman organise un full 140.6, les années précédentes seul le format 70.3 existait et le parcours vélo consistait "simplement" en cette première partie désormais derrière moi. Rapidement je comprends que c'est vraiment un deuxième parcours qui débute. Les longues lignes droite en mode aéro à donf du début ne sont manifestement pas au programme là on enchaine les virages sur une sorte de piste cyclable et il me faut très régulièrement remettre les mains aux cocottes. Dès qu'un passage un peu "chaud" se présente il y a des bénévoles qui font signe. Ca ne m'empêche pas pour autant de faire un tout droit dans l'herbe au moment d'un "S" un peu serré mais sans dommage...ouf ! La nouveauté c'est le D+ aussi, autant sur la première partie il y a sans cesse des bosses à passer mais rien de sévère autant là on aborde des vraies côtes qui piquent. De la côte qui te fait mettre tout à gauche en limitant la fuite des watts. D'ailleurs je n'ai plus la puissance moyenne totale vu que j'ai merdé avec le compteur et lapé dans un tunnel sans le vouloir quand le GPS me faisait signe qu'il ne captait plus le satellite...putain le mec j'te jure. Maintenant que je passe mon temps à monter et descendre j'ai un peu plus de temps pour regarder autour de moi et là je suis bien obligé d'avouer que j'en prends plein les yeux. La Norvège mes amis mais c'est tout simplement magnifique. Tout ce que vous avez pu voir à la télé je vous rassure ça existe vraiment. Ce pays existe vraiment ! Il est peuplé de blonds et de trolls qui parlent une langue bizarre pleine de , vivent dans des maisons de bois peintes en rouge au bord des fjords. Ces bras de mer qui s'enfoncent sur des kilomètres au milieu d'une terre recouverte de mousse forestière, de sapins et d'énormes blocs de granits figés dans le sol pour des millénaires. Tout ceci est absolument vrai ça n'est pas que des légendes. Et pour ne rien gâcher la moindre habitation proche du circuit s'est vidée au bénéfice des coureurs et le bord de la route est rempli de familles agitant des drapeaux norvégiens, tous munis d'un seul mot de vocabulaire: "Heia !" Pendant des heures je n'aurais entendu que cet incessant rythme de "Heia ! Heia ! Heia !".

C'est bien beau tout ça mais moi j'avance pas, ni dans ce CR ni sur ce parcours devenu difficile à négocier. Autour du km 120 je suis aux cocottes dans une côte qui ne le mérite peut-être pas mais je m'en fous personne le saura. Ca c'est sans compter un concurrent norvégien qui, bien aéro lui, me dépose littéralement en quelques poignées de secondes. Ce con là il est filmé par une télé locale ou je ne sais pas quoi et j'imagine qu'on me voit bien me faire doubler comme un con aux cocottes. Ma première pensée (et c'est vraiment celle là) ça n'est pas que je peste de pas avoir été dans le coup c'est que je m'en veux de me faire gauler et j'entends comme s'il était là Chris en train de me remonter les bretelles, à juste titre ! Un peu plus tard, km 145, il y a une énorme côte que j'avais repéré sur le profil de course, 1.2 km de montée en plaquant tout à gauche pour rester au max sous les 300W. En terme de classement c'est là que la vapeur commence à s'inverser. Oui je revois des gars que j'avais perdu de vue, certains depuis le début de parcours ! Voilà ça y est me dis-je: la course commence. Jusqu'ici c'était facile on est tous dans des zones d'effort largement tenables mais maintenant on va commencer à voir ceux qui ont bien géré, les perditions, les défaillances...et mine de rien je reprends espoir. Oui parce que sur cette cette deuxième partie de vélo je plafonne à 230W, voire un chouille moins, et ça fait un petit moment déjà que je m'accroche pour rester dans le coup mais en ayant l'impression de rater peu à peu le coche. Je fais mes petits calculs et je sais que l'allure moyenne baisse peu à peu...comment pourrait il en être autrement aussi avec ce parcours où on enchaine les côtes, et pas des petites en plus. Je suis en perpétuel questionnement donc. Est ce que je dois m'employer plus ? Est ce que je suis dans le coup ? Est ce que je n'ai pas laissé trop de watts dans le début de parcours et (déjà) hypothéqué mon marathon ? Pendant ces foutues et interminables portions ascendantes ça n'arrête pas de cogiter là haut. Je fais régulièrement des checks-up mais bon difficile de savoir si les quadris sont fatigués car un peu trop sollicités (et ça serait mal) ou dment utilisés mais avec bientôt 150 bornes dans les pattes il serait légitime qu'ils accumulent un peu de fatigue. C'est toute la difficulté de la discipline, il faut être au maximum d'une allure qui est toujours confortable mais qui construit le meilleur résultat possible sur la durée. Envoyer trop fort, trop tôt et c'est la cata assurée. Au fil de mes réflexions je reste investi un maximum et continue de reprendre 1 ou 2 coureurs de temps en temps. C'est la dernière grosse ascension normalement et dans un peu plus d'une heure je serai au PAV. Hormis les 230W cible la grosse consigne à vélo c'est surtout de bien s'hydrater et s'alimenter. Ne pas arriver à T2 avec des trous dans les réserves qu'il a dit (le coach). Alors depuis le début toutes les 25' je prends un gel, ça le mérite de rythmer un peu le truc en plus. Sauf que des gels je n'en ai plus, il me faut impérativement un ravitaillement. Je me dis que je peux boire deux fois plus d'iso mais ça n'est pas vraiment pareil, et pourtant je vais bien être obligé de composer comme ça en espérant vraiment que ça ne me manquera pas plus tard...à aucun moment je ne me rappelle que j'avais bien fait mes calculs et que j'ai deux gels dans le dos fixés au porte bidon...non ça c'est les mecs sérieux qui réfléchissent qui font ça. Moi je panique direct. Du coup à l'heure où j'écris ces lignes ces deux gels sont avec moi dans l'avion pour Paris, ils vont bien et je suis même presque sur qu'ils vous embrassent ces cons là. Alors ok je vais boire plus d'iso, il me reste un bidon à l'arrière de la selle auquel je n'ai pas touché donc ça devrait le faire. On arrive sur la fin ça va un peu moins monter qui plus est. J'attrape le bidon en question et...ah bah non il n'est plus là...il a du sauter comme le démonte pneu. J'enchaine les conneries ou quoi ? Allez c'est rien il reste quoi ? 15kms ? Je me souviens sur le profil c'est du plat et de la descente. #FakeNews ça continue de monter sans arrêt bordel. Qu'est ce que c'est long quand même un ironman...là j'en ai plein le dos, je commence à détendre un peu le dos et les jambes dès que je peux en vue de la course à pied. C'est mon juge de paix qui arrive.

Durant tout ce parcours ma vitesse moyenne n'a quasiment fait que chuter, comme beaucoup (tous ceux avec qui j'ai eu l'occasion de débriefer) j'ai largement sous-estimé la difficulté de cette deuxième partie à vélo. Du coup quand je pose le vélo en 5h31 je n'arrive pas à savoir si c'est bien ou pas. Bien entendu le parcours n'a pas empêché des grosses brutes comme le futur vainqueur de faire 4h57 mais pour autant je pose avec le 40ème temps overall et 7ème de mon AG. Finalement c'est plus qu'honorable mais comme pour la nat, faite en aveugle côté chrono, ces infos là de classement je ne les ai pas encore.

T2 là c'est facile, il y a des bénévoles pour choper et ranger le vélo tandis que moi je pars mettre les runnings. Bien que la veille je me suis dit de tout mettre dans la casquette et de me chausser pour, ensuite, m'équiper tranquillement durant le premier kilomètre là j'ouvre le sac, prends la casquette #team4dux en soutien aux AMIS FSH et la pose sur ma tête sans m'en rappeler. T'as vu Pierre comme j'étais pressé de la mettre ! Un peu d'optimisation à prévoir donc même si c'est mieux que T1. Je sors du PAV en même temps qu'un autre frenchie et ça y est je m'élance pour l'heure de vérité. Si t'as bien géré mon Yo c'est l'heure du grand roadshow là. C'est ton moment ! Je temporise volontairement dès le début pour rester en 4'10-15/km interdit d'aller plus vite. Bien que je sache que c'est très long un marathon, que l'état musculaire peut se dégrader très vite, que le corps peut être à sec, qui plus est après 180kms de vélo, dès le début j'ai l'intime conviction que tout va super bien se passer. Autant j'ai cogité comme un dingue sur le vélo autant le marathon m'a l'air d'être écrit d'avance. Je suis tellement à l'aise dans le pace que je me balade réellement. C'est avec une détermination à toute épreuve que je passe une première fois devant la finish line. Il n'y pas grand monde encore sur le parcours, pour ainsi dire personne même, et au sol devant moi je vois deux tapis de chronométrage. Je ne sais pas trop lequel je dois prendre, je demande mais personne pour me répondre aussi je fais l'hypothèse que celui de droite, juste devant la finish line est pour la fin et que je dois passer à gauche. Je ne le sais pas encore mais cette erreur va me sortir complètement du tracker et laisser tout ceux qui me suivaient jusqu'ici devant leurs écrans sans nouvelle. J'attaque la côte qui me ramène sur la rue principale en petites foulées. Pourcentage costaud, il s'avère exigeant ce marathon. Une fois en haut j'enchaine dans le bon pace et file vers le demi-tour où je prends un premier chouchou, le jaune. Il en faut 4 pour avoir le droit, sur le dernier tour donc, de s'engager vers l'arrivée. Je rattrape pas mal de coureurs à ce moment là, mon rythme est bon et le moral est intouchable. Tout va bien, je redescends sur le quai, en remonte...pfiou il va falloir faire tout ça 4 fois ! Je ne rate pas un seul ravitaillement et m'asperge même abondamment. C'est la Norvège certes mais les conditions climatiques aujourd'hui sont vraiment exceptionnelles et je ne prends pas le risque du coup de chaud. Les kilomètres défilent et je ne fais que reprendre du monde même si la lecture de la course devient vite compliquée avec des concurrents ayant un voire bientôt deux tours de retard. A chaque fois que je passe un tapis j'ai le poing serré en regardant ma montre et ce pace qui ne bouge pas et reste bien stable autour de 4'14-16/km. Je pense à tous les copains, au TSF, aux collègues d'Aliznet, à la famille, à tous ceux qui me voient avancer sur le tracker et j'imagine leur enthousiasme, j'entends leurs encouragements et leur soutien en constatant que l'allure est solidement tenue. Si j'avais su...Non seulement j'avance bien mais je suis, déjà, à mi-parcours et j'ai une foi incroyable dans le fait qu'il ne peut rien m'arriver. A chaque demi-tour je croise le leader, dossard numéro 4 Lars Stormo. Ca n'est pas grand chose mais, je le vois certes, et je lui reprends du terrain surtout ! Après la course il viendra même me trouver pour me confier que lui aussi m'avait vu et qu'il a pu avoir, à un moment, une petite inquiétude en constatant que je grapillais du terrain à chaque tour. Au point qu'il a même vérifié du coin de l'oeil le nombre de chouchous à mon poignet et vu qu'il avait (quand même avec un vélo en 4h57) un tour d'avance ça l'a rassuré. Je chope déjà le 3ème chouchou, le rouge pour les détails inutiles, et mine de rien je sens les ischios qui coincent un peu. Ca ne me gène pas pour le rythme mais quand même, voila premier petit point d'alerte. Sauf qu'il me reste quelque chose comme 15kms et ça me parait largement jouable, j'ai toujours la banane. A chaque tour je passe les côtes en laissant le pace de côté et en faisant les plus petites foulées possibles justement pour reculer ce moment où les différents groupes musculaires vont commencer à tirer le signal d'alarme. Ils s'y mettent à peu près tous en même temps d'ailleurs. Les ischios en premier donc mais les mollets aussi se contractent gentiment et même les bras tétanisent...putain j'ai bien fait de partir sur un rythme accessible et de ne pas m'emballer. C'est précisément ça qui fait que malgré ces difficultés, attendues, je reste serein. Bien évidemment le pace baisse un peu mais il reste sous les 4'20/km donc mon mental demeure inébranlable. Je passe une dernière fois devant la finish line et attaque donc le dernier tour. Là ça va devenir un peu plus dur quand même. Les pieds ont du mal à se lever, les yeux cherchent du regard des repères kilométriques rassurants et la route commence à paraitre interminable. Effectivement ça devient long, ça me tombe dessus d'un coup à l'approche du 35ème kilomètre...je me dis que c'est quand même dur ce putain de sport. C'est quand même long un ironman. J'arrive au demi-tour et vois un bénévole qui me tend un chouchou...vert !!!? Je l'ai déjà alors sans aucune considération, le pauvre, je lui hurle dans un franglais impeccable: "Ze bleu one ! Ze bleu one !". - Délivrance - Ca y est il n'y a plus qu'à rentrer. Je sais qu'il ne m'arrivera plus rien, je n'ai absolument pas d'avis sur le vélo ou la nat mais je sais que j'ai réussi mon marathon. C'est mortel ! Putain je ne suis pas arrivé mais je suis super content. Ah ils vont être fiers de moi les copains je ne suis pas passé à côté. Je ne sais pas où je suis dans le classement, il y a vaguement un type à un moment qui a semblé me dire un truc comme "vergnetem" donc j'ai traduit ça en "29ème" dans mon esprit très lucide du mec qui s'est coltiné plus de 9 heures d'effort mais si ça se trouve il ne me parlait même pas du classement, si ça se trouve il ne me parlait même pas d'ailleurs. Je poursuis à mon rythme, pace autour de 4'20/km mais j'ai beau avoir la frite je ne peux plus accélérer, musculairement je suis complètement cramé et c'est vraiment le mental qui me porte là. C'est le scénario idéal d'un marathon bien géré que j'ai écrit là et je le sais donc je reste focalisé sur cet aspect positif qui m'empêche de m'écrouler. Me voila qui arrive donc. J'entends déjà le speaker ! J'ai mes 4 chouchous alors ils vont m'ouvrir le passage c'est sur ! Ils vont me laisser passer et je vais y aller sur cette finish line. Je vais y aller oui il reste à peine deux virages ! Je vais y aller et quand j'en approche j'ai la drôle d'impression que j'y suis déjà sur cette finish line, depuis bientôt 42kms j'y suis déjà. Je ne sais plus où j'habite mais j'ai un sourire à toute épreuve, je vais l'exploser cette ligne d'arrivée tant attendue. Ah bordel que c'est bon...je suis parti il y a tellement longtemps...combien de mois pour en arriver là ? Deux fractures hivernales qui m'ont quasiment mis à l'arrêt complet pendant des semaines, mes problèmes récurrents de cheville arthrosée...et malgré ça je suis là ! Moi je suis là ! Et en cavalant comme un mort de faim je mets les deux pieds sur cette fichue moquette tant convoitée. Ca y est j'y suis c'est maintenant ! On ne me l'enlèvera jamais ça ! Elle restera gravée cette sensation incroyable, cette arrivée qui me tend les bras et moi qui serre le poing en la franchissant victorieux. Sourire, joie, larmes, paillettes, bonheur indescriptible...tout y passe. Le corps n'en peut plus et pourtant je ne touche plus terre. Je me suis envolé très loin et je ne vais pas en redescendre tout de suite. Ce marathon je l'ai géré exactement comme je devais le faire. 2h55 à ma montre, c'est le 3ème temps overall et le 2ème de mon AG derrière celui du vainqueur, Lars, qui finalement a couru plus vite que moi en 2h53. Je suis tellement content que j'en oublie presque de regarder le chrono total parce que cà n'est pas simplement un marathon que tu viens de boucler là mon petit bonhomme.

9h30 donc mais aucune idée du classement et à vrai dire ça ne me traverse pas l'esprit à ce moment là. Après tout 29ème ou 27ème qu'est ce que ça change ? Je vais me faire masser tranquille et en récupérant, enfin, mon téléphone je m'aperçois que j'ai disparu du tracker et que tout le monde s'inquiète. Je fais presque instantanément le lien avec mon histoire de tapis du début et moi aussi du coup je m'inquiète parce que je ne veux pas être DNF alors je vais au PC Chrono et rapidement tout rentre dans l'ordre. J'attends patiemment avec Chris au téléphone et, bien que je sois arrivé depuis plus d'une heure maintenant, dès qu'il me voit sur le classement et m'annonce en 5ème position overall et 3ème de mon AG et donc à coup, presque, sur qualifié pour Kona...alors là...alors là putain...alors là les copains je vous le dis tout net je replonge carrément. De nouveau les larmes, de nouveau la joie. Ca parait tellement incroyable tout ça, il y a tellement de supers athlètes qui chaque année, début octobre, vont là bas, à Kona pour les championnats du monde. Et cette année avec eux il y aura moi. C'est parfaitement incroyable ! Ce truc qui paraissait inaccessible...quelle fierté alors. Et puis merde je fais un podium sur ironman quoi c'est pas complètement ouf ça !!?

Alors je ne vais pas vous faire la liste de tous ceux à qui j'ai pu penser pendant cette longue course mais j'ai reçu de votre part à tous tellement de messages depuis dimanche, bien au delà des groupes habituels de copains qui s'intéressent à ce type d'épreuve d'habitude...tous ces messages m'ont vraiment touché et ont créé un vrai retentissement émotionnel chez moi alors merci pour ça. Et je sais aussi, j'en ai bien conscience, que vous avez été très nombreux à m'aider pour cette course, pour le soutien logistique, nerveux, matériel, organisationnel, vous avez tous été géniaux et cette course c'est vraiment grâce à tous qui m'avez à un moment filé un coup de pouce ou deux que j'y suis arrivé. Mais voila, bien évidemment ça ne suffit pas. Une épreuve pareille ça ne s'improvise pas. Bien en amont il faut sans cesse essayer de profiter des moments disponibles pour les exploiter au mieux et travailler tous les aspects d'une telle épreuve. Il y a 3 disciplines à pratiquer et dans lesquelles il faut s'entrainer intelligemment. C'est un vrai travail d'orfèvre que d'organiser une prépa comme celle ci et ça nécessite un réel savoir faire. Vous le savez, et si vous ne le savez pas vous allez le savoir, c'est mon pote Chris qui s'est chargé de cette partie et il a fait un travail formidable. Merci mon pote, merci vraiment. De m'avoir permis d'arriver là, de vivre ça. Merci d'avoir su composer avec les contraintes familiales, pro, d'avoir organiser, ré-organiser, ré-ré-organiser les séances selon les dispos, les contraintes, les obligations familiales, les mariages en Normandie...Merci. Pour tous les conseils aussi et pour ces milliers de sms parce que ce résultat aujourd'hui c'est aussi grâce à ton expérience à toi. Donc voila je pense qu'il n'y a que toi qui a pu arriver au bout de ce CR alors je te le dis et ça reste entre nous: j'te kiffe de ouf !

Bon maintenant on va s'y remettre parce que c'est pas tout ça mais on a un ironman à préparer tous les deux, et pas n'importe lequel !!!

#imnorway #coldkona

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