Marathon de Paris

10 ans après mon premier marathon (ici même) je suis de nouveau présent, pour la seconde fois seulement, sur les Champs-Elysées et prêt à prendre le départ de cette grande fête de la course à pied parisienne. Il y a 10 ans je débutais et appréhendais sérieusement ces 42,195kms à venir. Je rencontrais aussi pour la première fois les visages du trombi de Brinouille qui aura été un élément important de ma motivation/préparation. 10 ans après, même si je ne suis pas vraiment revenu à mon meilleur niveau, je trouvais le clin d’œil sympathique de revenir sur ce parcours pour mon 10ème marathon avec une petite pensée pour cette époque et les souvenirs qu’elle m’a laissée.

Ne visant pas de chrono en particulier je ne suis pas trop stressé par le départ, je pense partir sur un rythme qui semble atteignable au vu de ma préparation et qui, s’il est un peu en deçà de mon meilleur chrono, pourrait tout de même m’amener vers une jolie marque dans 42kms. Disons que je pense me caler sur 3’40/km soit 2h35, il ne faudra donc pas trop trainer tout de même :) Bien placé sur la ligne je me mets tout de suite dans ce rythme...enfin passé un premier kilomètre en 3’26 un peu rapide mais rien d’alarmant. Je franchis la flamme du km 5 tranquillement en 18’10 au lieu de 18’20 prévu, tout va bien. Il y a un peu de soleil et donc la FC est un chouille haute mais rien d’alarmant. Le parcours est sympa et nous commençons à rejoindre mes parcours d’entrainement. Quelques portions moins plates que le profil de course ne le laissait croire sont tout de même présentes et je me sens un tout petit peu moins à l’aise sur ces passages. Rien d’alarmant mais comme j’oscille également entre différents groupes le rythme n’est pas très constant. Passage au 10kms en 36’13 contre 36’40 prévu...c’est quand même un poil plus rapide mais, encore une fois, rien d’alarmant. Sur ces kilomètres qui m’amènent au premier tiers de course je pense avoir un atout psychologique du fait de parcourir ces routes très régulièrement à l’entrainement. Avenue Daumesnil, route de la pyramide...ça roule presque les yeux fermés. Pourtant je ressens plutôt un impact négatif, je ne sais pas comment dire ça mais chaque portion me semble un plus longue que d’habitude. Je ne me balade plus vraiment quoi je suis en train (déjà) de passer un cap psychologique. Bon ce n’est pas très grave après tous ces kilomètres finiront par passer et à l’approche du 20ème je serai de nouveau sur des routes inhabituelles. En un mot vous l’aurez tous compris là non plus il n’y a rien d’alarmant !

Rien d’alarmant, rien d’alarmant, rien d’alarmant...en réalité tous ces petits signes érodent petit à petit le coureur que je suis et, comme souvent sur marathon, les quelques secondes de trop au début se payent en minutes à la fin. Premier véritable indicateur : le passage au 15km en 54’47...tiens je suis déjà beaucoup plus proche de mon rythme cible (55’00), « l’avance » fond sans que je ne m’en rende compte. Evidemment je poursuis ma route tout de même mais c’est vrai que je ne rigole plus. L’aisance, la facilité ont déjà disparu. Passage au 20ème kilomètre en 1h13’20 puis au semi en 1h17’19 je suis toujours dans les temps mais déjà je n’y crois plus. En passant le semi je me remémore la facilité avec laquelle j’étais passé à ce niveau lors de mon PB et, malgré ça, la difficulté que j’avais éprouvé sur la fin...je connais suffisamment bien cette distance pour savoir que sans être bien à mi-parcours il est impossible de tenir le rythme. Je décroche mentalement d’abord, je sais que je n’irai pas au bout, mais je me dis que je peux peut-être tenir jusqu’au 28-30èmes kilomètres. Hélas la tête n’y étant plus, la distance restante fait que le rythme baisse inconsciemment assez vite ensuite. Dès le 24ème kilomètre je suis 3’45/km, rythme probablement beaucoup plus proche de celui que j’aurais dû adopter dès le départ.

Quand on part dans une course pareille on a des compagnons de route, des coureurs qu’on double ou voit passer par alternance et c’est assez difficile de lever le pied. Depuis le début je vois bien que je suis un peu rapide, mais faire « sa » course et laisser partir ses acolytes anonymes du jour c’est une décision dure à prendre que j’ai malheureusement repoussée jusqu’à ce qu’elle s’impose maintenant à moi. Maintenant il n’est plus temps de se poser ces questions, c’est trop tard le chemin parcouru a fait son oeuvre et je suis à sa merci. Pourtant je l’ai vu venir : le rythme, la FC, la chaleur, l’aisance...cette somme de détails qui ne m’alarmaient pas.

Je suis sur les quais maintenant, j’avance à mon rythme et commence à vivre la course du point de vue des défaillants...vous savez ces coureurs qu’on ramasse à partir du 25ème et qui ont clairement baissé les bras ? Cette fois j’en suis, ce coureur (que le monde entier a doublé me semble t-il) c’est moi ! Je suis un peu en marge de la course, je ne me sens pas concerné par les encouragements du public (très nombreux au passage) et me sait complètement invisible pour ces grappes entières de marathoniens en devenir qui me passent devant. Renaud, Nicolas, André (à vélo !) ne me reconnaissent même pas en me passant devant et quand je parviens à glisser un mot à un visage connu je lis l’étonnement de me trouver là. Assez vite j’arrête de surveiller tous ces visages, j’ai un peu honte en fait, honte d’en être là et de ne, finalement, pas valoir mieux. Les quais passent doucement, chaque tunnel m’entame un peu plus malgré le rythme plus calme. Je ne regarde même plus vraiment les chronos, je bippe machinalement des kilomètres qui dérivent lentement vers 3’50-55, puis 4’00, bientôt 4’10/km. J’arrive dans le bois de Boulogne sans m’en rendre compte et, au passage pavé du 34ème je sens que mes mollets sont sollicités différemment que sur le bitume ce qu’ils vivent assez mal. Très mal même. Rapidement une crampe me saisit et m’oblige à m’étirer pendant une vingtaine de secondes.

Le reste du parcours ne sera plus que souffrance, une foulée aléatoire et régulièrement entravée par des contractions que je tente bien difficilement de maitriser. Le décompte des kilomètres me semble interminable, mes pieds rasent le sol, mes mollets n’en peuvent plus. Je serre les dents, de toute façon la seule porte de sortie réside dans ces kilomètres restants, inutile de s’arrêter maintenant il faudra de toute façon rentrer chez soi :) Les allées du bois, le soleil, difficile de ne pas se rappeler ici de cette pompom girl enflammée qui m’aurait certainement redonné le sourire à ce moment-là. [...] Plusieurs fois je devrai m’arrêter pour calmer des crampes et tenter de repartir, plusieurs fois je croiserai des visages connus m’apercevant claudiquant ainsi. La boucle autour de la fondation Louis Vuitton est sans aucun doute le plus long tracé du monde et je mettrai mille jours à la parcourir. Dans l’ultime kilomètre je suis de nouveau contraint de m’arrêter, pour le plus grand bonheur sadique d’un JM bien positionné pour le coup. J’arrive enfin sur cette avenue Foch, sur cette moquette verte pailletée de confettis retombés depuis bien trop longtemps. Je franchis la ligne presque en marchant après un labeur de 2h53’06.

Je suis très loin du chrono escompté, la faute évidente à un manque de lucidité au regard de mon niveau encore lui même bien trop loin de celui de la saison dernière à la même époque. Je glisse quelques mots à Patrick Montel qui m’interpelle en facebook live (ça ne se refuse pas malgré tout) mais je suis assez amer de cette course. Ca devait être une fête et je n’y aurais pas vraiment participé, je suis resté à l’écart sans vraiment me battre pour retenir des secondes qui fileraient lentement. J’ai laché complètement car l’écart entre le coeur et la raison était bien trop important. C’est un de mes plus mauvais chrono, le plus mauvais même si j’excepte celui de 2009 sur la route du Louvre mais à l’époque le bonhomme n’était pas le même et la claque d’aujourd’hui est certainement plus importante que celle reçue à ce moment-là. Je voulais courir ce marathon pour un clin d’oeil, pour le symbole mais j’en ressors avec un affront à laver. Même si je ne considère plus avoir de choses à prouver sur marathon l’expérience du jour est assez humiliante malgré tout. Seul point positif, et c’est à souligner : 10 ans après je termine en améliorant ma marque sur ce parcours pour...19 secondes !

Le 15 Apr 2017 Xavier L. a dit:

😓

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